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Retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire : Chaudes empoignades entre Touré Mamadou et les représentants du Pdci, du Fpi et un proche de Soro

Publié le 18 Mars 2019
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Difficile entente au sein de la classe politique ivoirienne dont des représentants ont étalé la profondeur de leurs divergences sur le Plateau de Rfi ce dimanche 17 mars 2019 , à l’émission ‘’Débat africain’’.

« A chaque fois, lorsqu’on discute sur un plateau ivoirien, on a beaucoup du mal à terminer, puisque tout le monde parle en même temps. C’est encore très passionné et passionnel entre vous. En tout cas, on souhaite qu’il ait une réconciliation véritable dans ce pays dans peu de temps, puisque vous arrivez à vous parler et que vous êtes généralement des frères sur ce plateau». 


Cette conclusion du journaliste-modérateur de radio France internationale (Rfi) sur le plateau de son émission ‘’Débat africain’’ en dit long sur l’ambiance qui a prévalu. C’était chaud, très chaud même ce dimanche17 mars sur le plateau du célèbre journaliste polémiste, Alain Foka, enregistré depuis Abidjan. Le confrère de Rfi avait comme invités, 4 personnalités de diverses tendances politiques en Côte d’Ivoire.

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Il s’agit du ministre Touré Mamadou, porte-parole adjoint du gouvernement, seul face à trois caciques de l’opposition, notamment M. Séry Gouagnon, vice-président du Front populaire ivoirien (Fpi), chargé de la justice, des libertés publiques et des droits de l’Homme, Méité Sindou, Conseiller de l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro et Ange Dagarret Dassaut, membre du Bureau politique du Pdci-Rda.

Ces invités avaient à débattre de la question relative au retour non encore effective de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo et de son poulain Charles Blé Goudé, en Côte d’Ivoire, malgré leurs acquittement par la Cour pénale internationale, devant laquelle ils ont comparu de longues années durant. 

« La libération de Laurent Gbagbo par la CPI, le vendredi 1er février 2019, a suscité une vague de réactions les plus contradictoires et les plus passionnées. Pourtant, malgré sa libération, l'ancien président n'a, pour l'instant, pas le droit de retourner en Côte d'Ivoire. Que redoute la CPI en empêchant le retour de Laurent Gbabgo et Charles Blé Goudé en Côte d'Ivoire ? Abidjan est-elle vraiment prête à les accueillir ? ». Ainsi, le modérateur a introduit l’émission, qui va laisser lieu à un débat passionné et houleux entre les représentants des différentes plateformes politiques sur la scène ivoirienne.

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Tandis que Touré Mamadou réaffirme l’impossible immixtion des autorités et du gouvernement ivoirien dans le fonctionnement de la juridiction internationale, il subit les tirs groupés des autres invités qui, partant sur la base d’un « exil forcé » après l’acquittement de l’ancien chef de l’Etat, soupçonne des mains politiques dans l’affaire.

 « Laisser croire que le gouvernement ivoirien aurait pu avoir une influence sur la procédure à la Cpi est une méconnaissance des juridictions internationales et de la complexité de leurs procédures. (..). Nous avons pris note de la décision d’acquittement, mais aussi du recours envisagé par le procureur et que le plus important pour nous et toutes les actions menées concourent à la réconciliation nationale telle que voulue par le président Ouattara.(..). Nous n’avons aucun commentaire sur les décisions de justices. C’est notre posture. »

La réaction des opposants sur le plateau ne se fait pas attendre. A commencer par le représentant du Pdci-Rda qui s’indigne que l’on puisse « demander à des frères s’ils puissent accueillir leurs frères ». Ange Dagarret va s’appuyer sur les dispositions de la Constitution de juillet 2000 reconduites dans la nouvelle Constitution, qui interdit qu’un Ivoirien soit contraint en exil.

Pour lui, tout est question d’une volonté politique des autorités ivoiriennes. On aurait pu éviter le transfèrement à la Cpi des ex-dirigeants ivoiriens tout comme on peut agir de sorte à favoriser leur retour. Car, se convainc le cadre du Pdci-Rda, il y une « interférence »dans les affaires de la Cpi. Une position soutenue par le Conseiller de Guillaume Soro, qui fait le constat de l’image que la Côte d’Ivoire donne de l’intérieur que de l’extérieur. « Cette affaire n’aurait jamais du être », soutient Méité Sindou, qui va se faire reprendre par le ministre Touré sur le « principe de subsidiarité » qu’il évoquera pour déplorer que Laurent Gbagbo ait été conduit devant la Cpi, alors qu’il était déjà poursuivi par les juridictions nationales pour des crimes économiques. Ce qui voudrait dire que les juridictions étaient fonctionnelles. Selon M. Sindou, ce débat a été mené, à l’époque, au sein du cabinet du Premier ministre Guillaume Soro. « Nous nous sommes émus, pour certains de ses collaborateurs, que la Côte d’Ivoire inaugure cette ère d’un transfèrement d’un président fraichement sortis de l’exercice du pouvoir vers des juridictions internationales… ».

Rebondissement de Mamadou Touré, qui appelle à plus de sérieux dans le débat et qu’on évite, « pour des postures opportunistes », de réécrire l’histoire. « Guillaume Soro a participé à la prise de cette décision. Guillaume Soro, sur des médias internationaux, a défendu et justifié cette décision (…). Je voudrais dire à mon frère du PDci que le ministre de la Justice qui a piloté ce dossier était Ahoussou Jeannot, qui appartient au Pdci». Et le ministre Touré, de contrarier Méité Sindou sur le principe de subsidiarités qui porte sur les crimes de même nature, tandis que la Cpi a réclamé Laurent Gbagbo pour des « crimes contre l’humanité ».

Aujourd’hui, que faire après son acquittement pour que Laurent Gbagbo revienne au pays ? Est-ce qu’il y a une volonté pour qu’il revienne, à fois du pouvoir que des populations ?, interroge le modérateur. « Je ne le sens pas », répond le représentant du Pdci, pour qui, au-delà des décisions de justice, l’on devrait prendre en compte le fait que derrière Laurent Gbagbo se trouvent 46% des Ivoiriens, si l’on s’en tient aux résultats des élections de 2010.

Le porte-parole adjoint du gouvernement et du Rassemblement des Houphouëtistes (Rhdp) rebondit sur certains points développés par les représentants du Fpi, mais surtout du Pdci à qui il reproche le changement du discours aujourd’hui, notamment en chargeant le pouvoir Ouattara sur la réconciliation.

Ce dernier s’offusque ce soit sous un régime des Houphouëtistes que les Ivoiriens ne s’entendent pas. Apportant de l’eau à son moulin, Méité Sindou dénonce « une hérésie juridique » à la Cpi qu’un accusé soit acquitté et contraint en exil. 

« Un acquittement est un acquittement. Un acquittement ne peut pas être mué en liberté conditionnée. (…) C’est pourquoi la conscience nationale et internationale a du mal à ne pas penser que cette affaire à des relents politiques. (…) Dès le départ, nous avions déjà senti en 2011 que cette affaire, malheureusement finira, comme un retour du bâton, par retourner à la figure de la Côte d’Ivoire», explique le Conseiller de Guillaume Soro. « Malheureusement, ce sentiment que vous aviez en 2011, vous ne l’aviez pas exprimé ni en 2011, 2012, 2013, 2014, puisque vous-même, et partant Guillaume Soro, a eu exprimé, comme je l’ai dit tantôt, a eu à justifier sur les antennes de médias étrangers, le transfèrement de Laurent Gbagbo. Vous avez honte qu’on vous retourne votre miroir, …», réplique Touré Mamadou. « Je ne suis pas président de la République. Si honte, il y a à chercher, c’est de votre côté, pas du mien », réponse du berger à la bergère.

Et Méité Sindou de tenter d’enfoncer le clou : « Charles Blé Goudé n’a pas, aujourd’hui, de pays d’accueil. Blé Goudé est un citoyen ivoirien. Pourquoi le gouvernement ivoirien ne prend pas la responsabilité, au moins sur ce cas précis, de demander à la justice internationale en Côte d’Ivoire le temps que les procédures soient terminées. Que ce gouvernement prenne un jour ses responsabilités». « Vous n’avez aucune leçon de responsabilité à donner à ce gouvernement. Le gouvernement ivoirien a libéré 800 de nos frères…. ». Difficile réponse du ministre Mamadou Touré pris dans les réactions croisées de ses interlocuteurs qui le prennent à partie sur tous ses mots.

Bref, le débat a été houleux, quoique très déséquilibré pour le représentant du gouvernement et du Rhdp livré seul contre 3 adversaires quasiment en symbiose sur le plateau. En définitive, il ne pouvait avoir meilleure conclusion que celle qu’a faite le modérateur pour décrire l’impossible entente entre les acteurs politiques ivoiriens. Toujours recroquevillés sur leurs positions qui vont se radicalisant encore à 20 mois des prochaines échéances présidentielles.


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